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"Chef d'oeuvre 1" : Interview des réalisateurs
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C'est en fin de journée, au coeur du foisonnement de la rue du Faubourg Saint Denis que nous retrouvons Vincent et Loïc, les deux réalisateurs du court métrage : Chef d'oeuvre 1. Respectivement étudiant en master documentaire à Paris VII et vivant de petits boulots, ils sont à l'origine de cet ovni décalé où, en bref, deux types en caleçon, perdus s'ennuient... Nous nous posons donc dans un bar, et une fois attablés devant des bières, le déballage commence! Interview.  

 

  • Pour commencer, faisons simple. Parlez-moi un peu de vous… Séquence CV

Loïc : Depuis tous petits ? Depuis qu’on est nés ? ça va prendre du temps… 

 

  • Disons depuis que vous faites des choses intéressantes.

Loïc : Je fais des trucs intéressants depuis que j’ai 5 ans…

 

  • Depuis le Lycée ?

Vincent : Ben déjà, toi (Loïc), t’as arrêté les études.
Loïc : On s’est rencontrés, c’était l’amour fou, le coup de foudre…On s’est vu on s’est aimé…Lui était à Nantes.
Vincent : Juste pour info, on n’est pas homos.
Loïc : Quand t’étais à Cinésup, j’étais à Grenoble, ensuite à Lyon et pour finir à Paris. J’y ai fait des petits boulots et puis… Ah oui, une fac de philo…
Vincent : 3 mois !

Loïc : Et plein d’autres petits boulots. A Paris, j’ai fait le cours Florent, et l’atelier Blanche Salant en faisant d’autres petits boulots pour… Tu vois, garder le rythme. 

 

  • Mais votre rencontre au final ?

Loïc : On est toujours restés en contact depuis le lycée. J’ai habité chez Vincent quelques temps à Nantes. On a tourné un documentaire ensemble déjà, qu’on n’a jamais monté ! Un très beau documentaire…
Vincent : Sur le thème d’avoir 20 ans. On avait justement 20 ans.
Loïc : On a été interviewer des jeunes de 20 ans et des vieux pour qu’ils nous racontent leurs 20 ans.
Vincent : C’était beau…

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  • Pour verser dans l’originalité, ce serait qui vos références ?

En chœur : Aaaah!!
Vincent : On n’avait pas préparé la question… besoin d’une petite bière pour y répondre !
Loïc : On n’a pas de références, mais des contre-références, des gens qu’on n’aime pas. Alors qu’est ce qu’on avait dit ? Oui, Louis Garrel ! Oui, Louis Garrel, ça on le met sûr. Jacques Demy ?
Vincent : Non, Jacques Demy on ne va pas le mettre… Prenons quelqu’un de vivant !
Loïc : Donc, Louis Garrel parce qu’il incarne la bourgeoisie, il est…
Vincent : Énervant ! Il paraît qu’il est très bien au théâtre, mais au cinéma, il est cantonné dans le rôle du petit bourgeois parisien qui est relou.
Loïc : Sauf dans Actrices, on peut le mettre Actrices ?
Vincent : Ouais !
Loïc : Vincent CasselMesrine, c’est naze.
Vincent : Après c’est vrai que ça fait un peu mauvaise langue… Mais en même temps, dans le cinéma français actuel, y a pas grand-chose qu’on aime bien.
Loïc : Ah Potiche (Ozon), c’est de la m***e aussi !
Vincent : Le cinéma français est quand même super parisien, mais dans le mauvais sens du terme. Parisien parisianiste, et c’est relou.
Loïc : C’est souvent « intello à deux balles » ou  alors « sentiments à deux balles »… A deux balles en fait.

Vincent : Un peu genre « on se revendique de la nouvelle vague »… Alors que ça fait 40 ans que c’est mort. Il faut arrêter. Un truc qui est bien, c’est O Somma Luce de Jean-Marie Straub…Un réalisateur qui fait des films depuis les années 60. 

 

  • Ah ? Un truc que vous aimez !! Mais c’est quoi ?

Vincent : C’est très radical. C’est un type qui parle devant des montagnes… Il clame du Dante en italien et c’est très beau.
Loïc : ça donne pas envie hein ?
Vincent : C’est une énergie pure. Au-delà du délire intello, il y a des panoramiques magnifiques sur la campagne. C’est assez radical, type années 70, assez politique et avec peu de moyens. Je sais pas si tu pourras le trouver en salle, il passait dans genre 3 salles il y a un peu plus d’un mois alors…
Loïc : Mais dans les autres trucs qu’on n’aime pas… Christophe HonoréKlapisch aussi !

Vincent : Ah aussi, Jewish connection c’est trop naze. 

 

  • Un peu triste ce tableau du cinéma français, non ?

Loïc : Mais non ! C’est ce qui est beau ! Il y a des choses à faire, c’est génial ! Si tous les films étaient des chefs-d’œuvre, on n’aurait plus rien à faire.
Vincent : On « essaye d’être un peu exigeant »… ça peut faire un peu arrogant. On a un peu envie de « cracher » sur certains trucs…
Loïc : Oui, et ça donne envie de se bouger et de faire des trucs.
Vincent : On se retrouve trop souvent à subir les films. Subir des représentations dans lesquelles on ne se reconnaît pas. C’est pour ça qu’on prend la caméra pour nous fournir nous-même en films !
Loïc : Je sais pas, quand je pense au cinéma, je me demande « qu’est-ce que j’aimerais bien voir ? »

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  •  Parlons de votre Chef d’œuvre 1. J’avoue avoir bien ri, mais je ne suis pas sûr d’avoir saisi la démarche…

Vincent : Si ça t’a fait tire déjà, c’est que t’as compris en fait !
Loïc : Moi, je pense qu’il y a pas vraiment de fond. Non … ? Ah, faut pas le dire ça ?
Vincent : Non non, il y a beaucoup de fond ! Même si bon, techniquement c’est assez simple : 14 plans fixes.
Loïc : On l’a fait en à peine plus d’une journée. Ecrit le matin, tourné l’aprèm, puis monté.  
Vincent : Mais toi, qu’est ce qui t’a plu ? Qu’est-ce que t’as pas compris ? Non, parce qu’on va t’interviewer nous aussi…
Loïc : On retranscrit juste l’humour qu’on aime. Je sais pas, ça tire presque sur du Tex Avery.

Vincent : C’est du burlesque carrément. Enfin, on va pas se comparer à Chaplin, mais on tire simplement sur de grosses ficelles du cinéma, ou du dessin animé… C’est des trucs qui marchent toujours et il faut croire que ça marche là aussi puisque t’as rigolé, tu vois ? 

 

  • Mais deux types en caleçon, qui son là, à s’ennuyer, sans savoir où aller ou quoi faire ou même parler français… ça vient d’où ?

Loïc : C’est l’idée qui nous est venue parce qu’au final, ça nous arrive tellement... L’idée de pas trop savoir quoi faire de sa vie.
Vincent : Oui ça arrive qu’on se fasse chier.
Loïc : Le caleçon, c’est parce-que je fais une fixette là-dessus. J’adore les gens en caleçon, je trouve ça drôle.
Vincent : On a déjà fait des « soirées caleçon ».
Loïc : Oui, c’était très bien ! On s’était levé à 5 heures du matin pour manger une raclette, bien boire en faisant de la peinture, le tout en caleçon. On s’est recouché vers 9 heures… après avoir chassé les extra-terrestres sur la place Bellecour.
Vincent : Ah bon ? Aaah oui, c’est vrai…
Loïc : Il dormait déjà, ça a commencé un peut trop tôt alors …
Vincent : Si si, j’y étais !

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  • Mais sinon, à part Chef d'oeuvre1, quoi d’autre ?

Vincent : En fait, l’an dernier, on a organisé un festival : le Xanadou festival en juillet 2010 dans la Drôme.
Loïc : ça veut dire un peu plein de trucs, mais je crois que j’ai jamais très bien compris pourquoi ça s’appelait comme ça. Je trouve ça très moche d’ailleurs comme nom…
Vincent : C’était un festival de tout ! Musique, cinéma, théâtre…cabaret. On a organisé ça avec une dizaine de potes, et pour en faire la promo, on a fait de petits teasers tous les deux. On s’est bien amusé, et Chef d’œuvre 1 est un peu dans la continuité de ce genre d’humour… Plan fixe, on se fait chier et ça nous fait rire… Enfin ça nous fait rire. Si les autres en profitent, génial, sinon, on rira entre nous.
Loïc : Sinon, les « Chef d’œuvres 2, 3 et 4 » ! On a peut-être le projet de sortir faire un tour du monde, et tourner un chef d’œuvre dans chaque capitale qui nous plaira. Toujours en caleçon !
Vincent : Moi, j’aimerais bien, New York, Shanghai, mais pas trop vers l’Est, c’est un peu le bordel en ce moment.
Loïc : Chez les chinois, ce serait drôle non ?
Vincent : Non, dans le désert du Sahara ! Le Chef d’œuvre ultime, il ne peut rien se passer. T’imagine le challenge ? Un film où il ne peut rien se passer. Mais ça c’est pour quand on sera super rôdés, genre pour le Chef d’œuvre 10 !

 

Pour ceux qui n'ont pas tout suivi depuis le début, Chef d'oeuvre 1, c'est ça :


chef d'oeuvre 1 par loicmartin

affiche 2011Le court métrage Chef d'oeuvre 1, réalisé et joué par Vincent Gaudin et Loïc Martin, a été présenté lors du festival ICI&DEMAIN à la Péniche Cinéma le 18 mars dernier ainsi qu'à la Gaîté Lyrique le 20 mars.

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